— Ah tu voulais que je sois chic et que je ne te fasse pas honte, que je sois ta petite chose bien sage, bien lisse, mais tu vas voir, chérie, comme je vais te plaire ainsi ! La moitié de la deuxième bouteille était bien entamée lorsqu’il entendit les pas de sa femme dans l’escalier. Il s’empressa de tourner le fauteuil pour faire face à la porte de la chambre afin qu’elle admire son œuvre dès son entrée dans la pièce. — Léo ! aboya-t-elle. C’est moi ! J’espère que tu es prêt, nous sommes attendus ! Éléonore, la grandissime, ouvrit la porte, posa un regard figé sur lui, écarquilla les yeux et murmura : — Charlotte, mais qu’est-ce que tu fais là ? Il souleva sa jupe, lui montra la seule chose qu’il n’avait pas substituée, Éléonore vira au blanc, poussa un son étranglé, porta la main à son cœur et s’écroula à terre. Léonard, qui s’attendait à tout sauf à une apoplexie, se précipita vers elle pour constater qu’elle était bel et bien morte. Il s’agenouilla auprès d’elle et éclata de rire. Ah elle avait l’air maligne maintenant la génialissime fondatrice de l’immortalité ! La sérénissime généticienne, morte d’une crise cardiaque ! Quelle ironie ! Elle qui travaillait justement sur l’impression du cœur, le seul organe dont elle n’avait pas tout à fait percé le secret. Dans un sursaut d’amour oublié, il caressa le visage d’Éléonore qui, de ses yeux vides, le fixait froidement. Il se leva en titubant, se rassit dans le fauteuil et ingurgita le reste du whisky. Il fut tenté de rappeler Cleeves mais s’abstint, car il devait prendre une décision concernant le corps éteint de feu son épouse.
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