— En panne, serait le mot approprié, gloussa-t-il. Elle avait carrément grillé ! Il lui suffisait d’apporter la dépouille au QG de Impress Genetic Inc., le labo de sa femme. Dans l’heure, son cœur serait remplacé par un composite de nanites et de métal, en attendant l’impression finale. Puis elle renaîtrait de ses cendres tel le phénix par le bouton magique de l’imprimante grâce aux bons soins de sa maîtresse et de ses fidèles toutous. Peutêtre plus tout à fait humaine, mais l’avait-elle seulement été ? — Foutue révolution technologique. Même les connes ne crèvent plus, soupira Léonard, dégoûté. Une idée sournoise envahit subitement son esprit et l’obnubila tant elle était démoniaque. Sans prendre le temps d’y réfléchir, il déshabilla sa femme qu’il démembra rapidement. Il intervertit les longues jambes qu’il avait mises par celles de son épouse, fit de même avec ses bras, ses seins, ses fesses. Les petits clics ! feutrés retentirent, l’assurant que tout était bien branché. Enfin, il enleva sa tête et y posa celle de sa femme. Il ne jeta pas un regard vers le miroir, convaincu du réalisme de ce subterfuge. Il était elle. Mais il lui manquait le principal. Il dégrafa le sexe d’Éléonore, le clippa à la place du sien qu’il cacha dans son armoire sous une pile de chaussettes, avec sa tête. Il contempla avec une joie perverse ce qui restait d’elle, heureux de ce coup du sort qui lui permettait de se venger enfin. De prouver qu’il y avait une faille — et de taille ! — dans les créations abominables d’Éléonore. Il dissimula le tronc sans vie de sa femme sous le lit, lui murmura qu’il l’amènerait à son labo demain. Oui, demain. Peut-être. Pour l’heure, il avait d’autres projets. À lui les ovations, le prestige… et la rouquine !
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