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tourna la cuisse vers la gauche pour la sortir délicatement de son habitacle poli. Les quelques minuscules fils de chair, de nanites et de métal se rétractèrent automatiquement. Il inséra ensuite la longue jambe pâle dont les fils, telles des veines, se lièrent instantanément avec ceux de la cavité de son tronc, déclenchant ainsi le système de sécurité. Il fit de même avec la jambe gauche, puis procéda au changement de ses bras et du reste. Il se leva, s’assura qu’il avait une belle démarche et des mouvements fluides, puis se dirigea vers le grand miroir de la pièce pour admirer le résultat. L’effet était bluffant. Il ajouta la perruque rousse et la vit, elle, la diablesse, la maîtresse de sa chère et tendre. À s’y méprendre ! — Oh Éléonore, tu vas en faire une drôle de tête, ricana-t-il en se dandinant devant la glace, satisfait, voire excité par la ligne sublime de ces seins et la courbure de ces hanches. Il courut à la coiffeuse de sa femme dont il ouvrit les tiroirs avec frénésie pour en extirper des yeux verts, ainsi qu’un petit nez pointu et des lèvres charnues. Il enleva les siens et changea le tout. Parfait ! Enfin presque : sous le déguisement apparaissait toujours sa mâchoire carrée, mais de loin Éléonore n’y verrait que du feu. Il enfila une robe émeraude pailletée, moulante et très courte, y ajouta une écharpe sur ses épaules laiteuses et s’assit dans le fauteuil fleuri, face à la glace en attendant sa princesse pas du tout charmante. Il avala le reste de la bouteille de whisky et sonna Cleeves pour une deuxième tournée. S’adressant au miroir qui lui renvoyait le reflet de la traîtresse, il rit sous cape de sa bonne plaisanterie.

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