Impress Genetic Inc.doc

maîtresse, sa brillante collègue à la chevelure flamboyante et aux jambes interminables — qu’elle avait dû avoir à un prix exorbitant — serait là à se trémousser, avec ses grands yeux de merlan frit morts d’amour, lui décochant, à lui, des regards de rottweiler agressif et conquérant ? Léonard soupira sous l’eau chaude. Il se remémora les soirées où Éléonore rentrait encore à la maison avant d’être bien trop obnubilée avec ce projet qui ferait d’elle une femme célèbre, cette scientifique réputée, vénérée, adulée. Il y avait de ça une éternité. Aujourd’hui, elle ne rêvait et ne vivait plus que pour sa science, « son grand chamboulement » comme elle l’appelait — et sa foutue rouquine. Ensemble, elles conquéraient le monde, le remodelaient selon leurs caprices telles des déesses antiques. Fidèles amies, magiciennes gémellaires ou âmes sœurs, chacune n’existait que pour satisfaire l’autre. « Mais je suis là, moi », avait gémi Léonard — gémissement qu’il regretterait jusqu’à la fin des temps. Particulièrement lorsque Éléonore lui avait répondu, avec ce petit pli méprisant au coin de sa bouche : « Allons Léo, tu sais comme moi que tu ne fais plus le poids... Elle par contre, une vraie tigresse », avait-elle précisé, enfonçant un peu plus le clou de l’infamie... Elle lui avait souri de toutes ses dents qu’elle avait d’une blancheur parfaite, puis s’était désintéressée de lui comme à son habitude. — Pétasse ! cria Léonard. Eau froide, ajouta-t-il à l’intention de la douche qui s’exécuta immédiatement. L’effet frigorifiant lui calma temporairement les nerfs. Il sortit, mit un short et se pencha vers le miroir pour observer les traces inexistantes de son vieillissement. À 45 ans, il avait encore fière allure. Comme si

RkJQdWJsaXNoZXIy NTc4NTAz